Ghostface Killah
Ghostface Killah, l'Iron Man du Wu Tang, résume succinctement son changement d'écurie chez Def Jam : "Même musique, label différent". Les nouvelles s'annoncent donc plutôt bonnes pour les très nombreux fans de Tony Starks. Et oui, Ghost est bel et bien de retour avec un quatrième album solo, The Pretty Toney Album, en tout point fidèle à lui-même, hormis le label. Près de trois ans se sont écoulés depuis la sortie de Bulletproof Wallets en 2001 et Ghost est impatient de réinjecter une dose de son inénarrable talent de parolier sur la scène rap. "Quand tu as vraiment un truc particulier et authentique, ça tient la route" déclare ce rejeton de Staten Island. "C'est comme ça que j'essaye de préserver ma musique".
Un bref coup d'oeil à sa discographie suffit pour confirmer que la musique de Ghostface n'est définitivement pas du genre à passer inaperçue. De Ironman, son premier opus sorti en 1996, en passant par l'épique Supreme Clientele en 1998 jusqu'à plus récemment Bulletproof Wallets, Ghost compte à son actif plus d'albums devenus de véritables classiques que la plupart des rappeurs n'ont de singles. Ajoutez à cela ses apparitions sur certains standards de la galaxie Wu-Tang, comme "Can It Be All So Simple" et "Ice Cream", et vous comprendrez que lorsque Ghost se décrit lui-même comme "L'un des renois les plus créatifs", ce n'est pas uniquement par pure vantardise. Ce qui fait la différence entre Ghostface Killah et les autres MCs, c'est tout simplement son style inimitable. "Je suis capable de faire rire ou pleurer quelqu'un en une minute. Je peux aussi rendre une fille complètement dingue d'un mec", déclare Ghost. "J'ai mes techniques, ma force par rapport à plein d'autres MCs, est que j'ai plusieurs cordes à mon arc. Souvent dès qu'ils touchent un peu à autre chose, les autres perdent leur crédibilité, tandis que moi je suis un rappeur universel".
Dans The Pretty Toney Album, Ghost déploie une fois encore l'étendue de son talent. Dans l'imparable "Run", produit par RZA et enregistré avec la participation de Jadakiss, Ghost décrit une scène de poursuite particulièrement efficace puisant son inspiration chez un autre membre du Clan. "J'ai toujours adoré le "Run" de Cappadonna". En écrivant les couplets sur les beats de RZA, j'avais véritablement l'impression d'être en train de courir pour échapper aux flics", dit-il.
Fidèle à ses anciens succès, Ghost puise dans dans les bons vieux trucs d'artistes tels que The Moments et Sylvia Robinson dans plusieurs interludes de Pretty Toney. "Ce sont les disques qui ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui" déclare Ghost. "J'aurais aimé pouvoir collaborer avec de tels artistes, parce que c'est de la vraie soul".
Ghost réalise son rêve sur "Holla" où il s'essaye à une nouvelle expérience en rappant sur la ballade des Delfonics, "La La Means I Love You", pas seulement sur un sample, mais sur l'intégralité de la chanson. "Voilà un autre de mes bébés", dit-il. "Ça va au delà des mots. Je ne me lassais pas de faire des rimes dessus".
Sur des morceaux tels que "Holla" et "Tony's Masquerade", dans lequel le producteur K-Def reprend judicieusement le sample de David Porter que Biggie avait rendu célèbre dans "Who Shot Ya", Ghost balance le genre de textes qui ont fait sa réputation. "Lorsque je décris quelque chose, j'ai ma manière à moi de le faire. Les nases ne comprennent peut-être pas tout, mais je fais cela pour moi avant de le faire pour les autres", explique Ghost. "Car c'est mon art et c'est ma manière de procéder. Il suffit que j'aie la musique. Avec un bon son, je suis capable de tout".
Ghost ne se contente d'ailleurs pas de remuer les esprits, comme il l'a prouvé avec "Cherchez La Ghost", qui a remporté un énorme succès en club en 2000. Il a écrit "Toosh", le single de Pretty Toney, en songeant à une certaine diva en particulier. "Musicalement ce titre m'a semblé particulièrement fort et j'ai demandé à Missy d'y participer", déclare Ghost. "Elle a craqué dès qu'elle l'a entendu et s'est lancé sans hésiter".
Que ce soit en club ou au casque, une écoute de The Pretty Toney Album suffit pour se convaincre que Ghostface est toujours aussi redoutable. "Je ne suis pas du genre à rêvasser", explique Ghost. "Je me vois très bien faire ça jusqu'à 70 ans... Pas forcément sortir des disques et tout ça, mais pour moi c'est vraiment un don de Dieu". Et comme une star athlète débarquant dans une nouvelle équipe, Ghost est prêt à montrer et à prouver à Def Jam ce dont il est capable. "Je n'ai pas encore dit mon dernier mot", déclare Ghostface en souriant. "Ce n'est qu'un début".